La dysgraphie

Le graphisme et l'écriture

L'acte d'écriture demande un certaine maturité dans le développement affectif, sensori-moteur, langagier et cognitif de l'enfant.  Il implique des capacités visuo-perceptives, motrices et cognitives. Ecrire demande une mobilisation des capacités attentionnelles très importante et est donc coûteux en terme d'effort mental pour l'enfant qui n'a pas encore automatisé l'écriture, car il sera très souvent confronté à une situation de "double tâche" (ex: regarder le tableau pour copier sur sa feuille, écouter l'enseignant dicter pour retranscrire sur la feuille, réfléchir à la résolution d'une opération et devoir inscrire le cheminement et la solution, etc. )

Modèlisation des paramètres intervenant dans le geste graphique.
(source : "100 idées pour développer la psychomotricité des enfants", Aurélien d'Ignazio & Juliette Martin)
Modélisation  paramètres geste graphique

Bien que la graphomotricité s'entraîne déjà à la maternelle, l'écriture elle-même ne doit pas être apprise trop tôt à l'enfant encore immature qui pour y pallier, risque d'adopter des mauvaises habitudes (mauvaise posture, mauvaise tenue de l'outil), et ainsi on évitera de créér un blocage chez le bambin sur un apprentissage encore bien trop complexe pour lui. On commence généralement à vraiment apprendre la formation des  lettres dans le courant de la 3 ème maternelle. Cet apprentissage sera repris dés le début des primaire. C'est vers l'âge de 8 ans qu'on attend de l'enfant une certaine aisance de son écriture indiquant qu'il a automatisé le geste.

Une question de maturité
Quand l''apprentissage de  l'écriture pose des difficultés...

Cependant, chez certains enfants, l'automatisation du geste scripteur ne se fait pas ou difficilement, on parlera alors de dysgraphie développementale, à l'opposé de la dysgraphie acquise des suites d'un accident ou traumatisme physique (AVC, fracture, etc.) chez une personne qui n'avait pas de difficultés pour écrire avant. 

"Dysgraphie développementale" ou  "Trouble de l'apprentissage de la graphomotricité": Critères diagnostiques.

Dans l'objectif d'établir un diagnostic plus précis, Jean-Michiel Albaret, Marie-Laure Kaiser & Régis Soppelsa propose dans leur livre "Troubles de l'écriture chez l'enfant - Des modèle à l'intervention" une définition de la dysgraphie avec des critères clairs. Pour eux, la dysgraphie du développement est "une atteinte de l'écriture qui survient au cours du développement sans qu'aucune cause neurologique ou intellectuelle ne puisse l'expliquer". Les critères qu'ils ont définis sont : 

  • Les évaluations de l'écriture, réalisées par des tests standardisés, passée de façon individuelle, et mesurant la qualité de l'écriture, sont nettement au-dessous du niveau escompté compte-tenu :

    • de l'âge chronologique du sujet;​

    • de son niveau intellectuel;

    • de son niveau du développement psychomoteur général;

    • et d'un enseignement approprié à l'âge

Cela peut se traduire par une écriture lente, illisible, comportant de ratures, et des formes de lettres irrégulières et variables, un geste  manquant de fluidité et de régularité.

  • La pertubation décrite-ci dessus interfère de façon significative avec la réussite scolaire ou les activités de la vie courante faisant appel à l'écriture.

  • La pertubation n'est pas due à une affection médicale, ni à un trouble de l'acquisition de la coordination. 

Les différentes types de dysgraphie selon Ajuriaguerra:
  • La dysgraphie maladroite ; caractérisée par une écriture lourde et désordonnée ;

  • La dysgraphie crispée, caractérisée par une écriture raide, anguleuse et tendue ;

  • La dysgraphie molle, caractérisée par une écriture petite et négligée ;

  • La dysgraphie impulsive, caractérisée par une écriture rapide, imprécise et illisible ;

  • La dysgraphie lente et précise, caractérisée par une écriture lente, signe d’une application et d’un effort intense.

Les 4 types de dysgraphie selon Sandler & al. :
  • Dysgraphie avec trouble du langage et trouble de la motricité : le trouble de l'écriture est associé à une dysorthographie. La mémoire immédiate est pertubée. La dénomination est mauvaise et est associé à un trouble de lecture. On rencontre une agnosie digitale, des syncinésies d'imitation, des difficultés au test d'imitation de gestes.

  • Dysgraphie avec déficits visuospatiaux : les lettres sont mal formées, l'organisation spatiale de l'écriture est altérée (lignes horizontales non maintenues, marge et espaces irréguliers) tout comme les épreuves visuospatiales. Les résultats dans les épreuves de lecture et d'orthographe se situent dans la moyenne. 

  • Dysgraphie avec troubles de l'attention et de la mémoire : la lecture, tout comme la phonation et l'orthographe sont déficitaires. Les résultats de la mémoire visuelle sont inférieurs à la moyenne. L'inattention et l'impulsivité sont observées.

  • Dysgraphie avec troubles séquentiels : l'écriture manuelle est préservée mais la production de lettre est peu automatisée. L'orthographe est alterée. Une agnosie digitale est observée ainsi qu'une difficultés dans la réalisation de mouvements séquentiels des doigts. Une dyscalculie est présente. Au WISC, le quotient intellectuel de perfomance (QIP) est supérieur au quotient intellectuel verbal (QIV)

Définir la dysgraphie

Selon Julian de Ajuriaguerra qui été le premier donner une définition: "Est dysgraphique tout enfant dont la qualité de l'écriture est déficiente alors qu'aucun déficit  neurologique important ou intellectuel n'explique cette déficience."

Pour Michèle Mazeau et Alain Poulet propose une autre définition: " La dysgraphie est un symptôme, défini comme une atteinte de la qualité d' écriture. Ce symptôme seul ou associé, peut s'inscrire dans différentes pathologies : psychologiques, attentionnelles et exécutives, visuelles, motrices."

Comorbidités

La dysgraphie peut-être isolée, cependant on retrouve le plus souvent des dysgraphies comme étant une cormobidité d'autres troubles. La dysgraphie est fréquemment présente dans le TDAH, le TDC, les troubles de la communication, les troubles spécifiques des apprentissages.

Prévalence

Selon les études 5 à 20 % des élèves présentent des troubles de la motricité manuelle. Les problèmes d'écriture est la difficulté la plus fréquemment mentionnée pour les enfants présentant un TDC.